Pigments

p'tits bouts dirigés par le tertulianisme

My sweet prince

le 20/10/2007 à 16h01
Une belle et douce nuit d’octobre s’annonce. Accoudée à la porte, la main sur le volant, je me laisse bercer par le vent qui caresse effrontément mon visage. Le travail de la journée a été éreintant. J’ai, une nouvelle fois, donné trop et usé de beaucoup de diplomatie. Je suis seule sur la route sinueuse du retour et je profite avec délice de ces quelques moments de quiétude, chèrement gagnés. Seule, je ne le suis plus tout à fait depuis que je m’offre un tête à tête romantique avec la lune sur fond de Placebo.  

‘My sweet prince, you are the one’

Et là, mon esprit vagabonde. Tous les éléments s’emboîtaient pour que ce soit une rêverie charmante et plaisante mais je dois avoir une dent contre le récréatif gratuit. Le Il était une fois… était trompeur. 

Le début du conte racontait une fabuleuse histoire. Celle d’une jeune vierge, à la peau laiteuse et à la robe rose. Elle rencontrait fortuitement un fils de roi…

Le début de l’histoire devait m’ennuyer, le rose, le prince, la vierge ou bien les trois conjugués, et la route, sans doute, me paraissait trop longue. Tant et si bien que je pris le contrôle de mes pensées. Elles cessèrent de flâner pour me servir.

La jeune vierge était une véritable oie blanche, creuse et sans perspective. Assise sur un tapis de verdure, elle ramassait quelques marguerites. Elle pensait confectionner un bouquet afin de célébrer comme il se doit la fête du printemps. Pour se faire, elle avait  suivi un chemin balisé par trois lapins, cousins de PanPan.

Le prince, juché sur un étalon arabe blanc, chassait la biche, blanche elle aussi. Débusquer la biche enchantée était une distraction royale très prisée. L’animal s’avéra facétieux, se  volatilisant là à l’orée du bois comme pour laisser place à l’amour naissant. Le jeune homme descendit de sa monture pour traverser quelques herbes folles. Puis, il écarta les feuilles de saules qui lui obscurcissaient la vue pour accéder à un endroit reculé, que seules les âmes pures pouvaient fouler du pied. Il découvrit alors la vierge et son bouquet. Fidèle à la tradition, non content d’être beau, charmant et sans aspérités, il éveilla chez la jeune fille une flamme ardente aussi soudaine qu’improbable. L’intérêt naquit, d’on ne sait où, peut-être autour de la chanson d’un autre temps qu’ils fredonnèrent avec les oiseaux ou du furtif effleurement des doigts qui conclut cette première rencontre.

Pour qualifier le charmant de nombreux adjectifs s’offrent à moi: séduisant, attirant, enivrant, galant, souriant, fascinant, amusant, captivant. Tous en –ant, comme chiant et gnangnan. Je choisis lactescent parce que le blondinet s’assortit plutôt bien avec son destrier.

La paume gauche ouverte presque tendue vers le haut, le genou épousant le sol, et la main droite sur le pommeau, il paraissait plus qu’asexué. Et la communion avec la nature, plus que surfaite…

Je ne suis pas peu fière de ma comparaison, voilà que je ricane, couvrant tout à fait la douce voix de Brian. Comment puis-je avoir si peu de respect pour le Prince charmant ? Je l’ai tellement lu que son aspect papier glacé à la mâchoire impeccable provoque chez moi d’irrésistibles démangeaisons. Plus le temps passe et plus je me demande pourquoi on nous inflige ça. En fait, pourquoi, on nous l’impose Lui, le suranné ? A nous les filles, on nous y fait croire à grands renforts de livres, d’images, de sourires béats et d’œil imbibé. Les petits garçons, ça les fait déjà rigoler…quand ils ne trouvent pas cela, je cite : ‘nul et pour les filles !’’

Au final, le mythe du prince charmant c’est un peu notre quête à la Mulder et Scully, une découverte lourde à payer fomentée par un groupuscule très puissant. Mes princes, ils ont bien évolué depuis le conte. D’abord, ils manquent souvent de noblesse, mais se jugent toujours bon prince. S’ils étaient aimés des fées, cela se saurait…

 

accepter - défi Tertulia

le 14/10/2007 à 13h20
Ma vie devrait être digne d’être racontée parce que j’ai un métier passionnant. J’ai trente ans. J’ai été choisi puis assigné à une mission. J’ai des responsabilités colossales. Je suis toujours en contact direct avec ma boss, une femme charmante et très humaine. Elle me consulte, elle m’écoute, elle me glorifie même parfois. J’aime ma position, j’aime mon travail, j’aime  ma vie, plutôt idyllique en fait.

Mais le bonheur n’est plus. Je ne renâclais pourtant pas à la tâche et je n’ai jamais compté mes heures. J’étais toujours présent, disponible et efficace. Toutefois, je suis désormais au rebus. Personne ne me dit rien. Qui a dit que les femmes étaient honnêtes ? Je sais que les choses changent, je ne suis pas idiot. Je vois les signes. Elle ne m’écoute plus, elle ne m’entend plus. Pourtant, je me débats parce que je refuse d’être traité de la sorte. Je ne l’ai pas mérité!

Mais je sais que je perds, de l’énergie et du temps. Je suis un pessimiste, depuis qu’elle me prive de mon pouvoir d’action. Et là, je m’éteins. Non, je ne suis pas un jeune loup des affaires, je suis un cœur. L’organe, quoi. Et là, je décide de dire stop. Non, pas du point de vue mécanique, je ne peux pas arrêter de fonctionner, car manquer de cœur pour un cœur ce serait le comble. Mais, je dis stop ; j’en ai assez.

Elle devrait me connaître pourtant. Lorsque j’aime, je ne fais pas dans la demi-mesure, je bats et plus qu’il ne faudrait. C’est ma marque de fabrication. Les soubresauts, j’adore. Depuis peu, elle a peur et m’empêche de monter trop haut, parce que notre dernière chute a été remarquablement vertigineuse. On a bien failli se noyer. Les glandes lacrymales ont évacué le flux, mais comme la douleur était grande, vue de l’extérieur c’était plutôt effrayant. Je regrette cet épisode.

Voilà pourquoi elle me bride, ne m’associant qu’au mièvre et au collant. Je l’entends parler et mentir à ses amis. Elle fait passer sa raison avant moi. Je me sens floué et trahi. Accepter ? Oh non ! Comment pourrais-je daigner que ce mot entre dans mon vocabulaire. Ce serait me dénier. Je ne me soumettrai jamais, je ne suis pas de ceux qu’on enferme dans une boîte. Je fais le mort mais je ne le suis pas. J’attends juste le moment propice pour triompher et battre à nouveau.

                                                                     

derrière la porte

le 06/10/2007 à 10h40

A l’angle de la rue Carnot et de la rue des Maquisards se trouve une étroite ruelle. Le fait est très étonnant : je n’en ai jamais vu une surgir comme ça, dans l’angle. Je l’emprunte. A son autre extrémité se tient une porte, je la devine en bois sous les épaisses couches de peinture en bombe. Ma séquence de vie était jusqu’alors filmée en panoramique, mais mes pas m’ont amenée là.
Suivant d’un œil intéressé les graffitis, je fuyais l’odeur incrustante du kebab, le bruit assourdissant du trafic et la populace étouffante. Gros plan sur la porte, je ne vois que Bogart et Bogart c’est Casablanca.
- N'oubliez pas que j'ai mon revolver pointé en plein sur votre cœur.
- Justement, c'est là que je suis le moins vulnérable.
J’adore. Tiens, je sens les signes de quelque profondeur.
La main posée sur la porte, je prends une grande inspiration. Je l’ouvre, elle grince un peu. Je pénètre alors, à l’intérieur d’un long couloir obscur. Je pourrais rebrousser chemin mais un son envoûtant s’est déjà fait connaître. L’entreprise, bien qu’excitante m’impressionne un peu. Je suis plutôt quelqu’un de rêveur et j’ai une fâcheuse tendance à hyperboliser les événements et les situations. En fait, la peur me tenaille tout à fait. J’imagine les respirations haletantes et les corps moites prêts à se jeter sur moi. Les murs suintent un léger filet d’eau, le vent s’engouffre, je frissonne. La sensation n’est pas désagréable.
A tâtons, je cherche une ouverture qui se fait attendre et désirer. Le petit air m’aimante et dirige toujours mes pas. Ma main rencontre une cavité qui s’élargit. Se dresse maintenant, une porte de forme arrondie. Elle est massive et en bois avec des clous. La pousser n’est pas une mince affaire. Après quelques essais infructueux quand même, je m’engouffre. Je descends la dizaine de marches en pierre et j’atterris dans un lieu enfumé et accueillant.
La musique me berce, alors je prends place dans un vieux fauteuil en cuir. Le porte-cigarette entre les lèvres, j’aspire une revigorante bouffée. Dans mon bar clandestin, je suis bien. Je lève le bras pour commander un scotch en attendant un homme dangereux.
Alors que le son doux, grave et masculin m’enveloppe. J’analyse, à mon échelle, le morceau, puis le bras qui le crée. Un homme, les yeux fermés caresse son instrument à vent cuivré. Il joue très vite déployant beaucoup d’énergie. Je suis le mouvement aérien de ses doigts. Son agilité me stupéfait. La musique le détermine. Elle l’invente et le définit. Je sens et j’envie sa liberté.
Une odeur acre m’arrive alors aux narines, j’en conclus qu’ici on vit, on ressent, on existe. Dieu que j’aime mes rêves, ils se jouent de l’espace temps et font fi de toute vraisemblance. Ils n’obéissent qu’à une chose, leur envie du moment.

au café des marronniers...suite

le 21/09/2007 à 21h46
AJOUT:
Parce que le texte TERTULIA de la semaine dernière était trop mimi pour être honnête. Voili le pré-texte, la version non édulcorée que j'avais écrit avant. C'est un peu décousu.  Ben quoi, z'avez l'habitude.

 

 

Lorsque les événements courbent et balayent sans remords, quelle désagréable impression de se savoir immobile alors que tout autour de soi défile à vive allure. J’ai la nausée pour eux, ceux qui vivent et s’agitent autour de moi. Ils occupent mon espace. Un amas d’individus sans gène, sans considération qui, comble du bonheur, vivent en continu.
Qui a relégué au fond de sa mémoire la dernière fois ? Oui, la dernière fois où il a râclé le sol et qu’il a fini dans le caniveau. Là-bas, ce n’est pas doux, ce n’est pas chaud. Là-bas, c’est juste la conscience d’une plaie béante par laquelle s’échappe ce que l’on est. Là bas, il y a aussi la peur, elle engendre la panique. Perdre pied = être en danger = mort. C’est con mais le cerveau ne synthétise plus, il essaye juste de sauver sa peau, si l’on considère qu’il en a une.
Alors, le monde virtuel, une issue? Pas pour moi, je le sais. La multitude et les possibilités étourdissent mais les codes qui le régissent ne me conviennent pas.
Bourrée de préjugés ? Peut-être. Mais lorsque je vois ceux qui s’inventent une vie colorée ou ceux qui hibernent de manière constante et calculée pour proposer des come-back retentissants, ça m’épuise. Sans parler de la bienséance : ne sois pas trop virulent, ni trop hardi… blablabla  blablabla  blablabla … Internet, c’est le triomphe du trop. On y peut tout et à une échelle surdimensionnée : on peut aimer, ok mais aussi tromper. Et là c’est le règne de la multicouche. (NB : Un maître en matière de couches étale beaucoup, mais pas trop) Attends, tu gagnes un tour supplémentaire quand tu choppes dix amis ?... Alors, ce n’est pas si différent de la vraie vie. Mettre sa tenue de camouflage et se museler.
Moi, mon Eldorado, il est en moi. Il est doux et chaud et il sent bon la carte postale. Là-bas je suis forte mais c’est vrai.
 
 
***
A la terrasse du café des marronniers, par un beau mercredi de septembre, les deux jeunes héroïnes sirotaient un lait fraise sur la banquette rouge.

 

- L’as-tu perçue alors cette désagréable impression d’être immobile ou au ralenti, alors que tout autour de toi défile à vive allure ? Quand j’y songe, je hais cette sensation. Et puis les gens autour vivent, s’agitent, occupent tout l’espace, s’installent, parlent fort, agressent ; alors que l’on est douloureusement sans mouvement, comme engourdie. Oppression, étouffement. Certes oui, on voit, on entend, mais sans pouvoir ni sonder, ni comprendre. Les événements nous balayent à loisir, pour mieux nous détruire…

- … avec une infinie délectation, s’il te plait, coupa Alice. C’est l’âpre réalité. Lorsque Tom est parti, je m’en souviens encore. J’étais sur le pallier, accoudée à la porte qu’il avait laissée béante, béante comme la plaie qui altérait mon coeur. Mes tempes bourdonnaient bruyamment, mes jambes menaçaient de flancher et le bas de mes reins suintait insolemment comme pour me provoquer.

- La peur est toujours le signe que l’on perd pied. Le manque de maîtrise de la situation fait paniquer, conclut Marie.

- Toi et ton don de tout analyser. Tu es incorrigible ! Mais dans ce cas précis, sois convaincue que je n’étais plus en état de penser. J’ai essayé de limiter les dégâts en fermant les yeux et en comptant jusqu’à dix, vingt et même cent. Mais, ça n’a pas trop fonctionné.

- Alors tu m’as appelée, dévastée et pleurant beaucoup, plaisanta l’une ?

- Oui, j’ai joué la corde sensible, ajouta l’autre, entrant dans son jeu. Je te connais.

- Trop. Je suis venue tout de suite. Tu sais, jamais je n’ai dévalé les escaliers de mon appartement aussi vite. Plutôt dangereux comme expédition. A défaut de supprimer la situation, mes blagues-carambars alliée à ta respiration abdominale ont enrayé la panique.

- Chaque remède a ses limites.

- Tu avais donc  raison tout à l’heure. La réalité est un peu âpre.

- Alors, quoi de plus naturel de vouloir de temps à autre préférer le monde virtuel ? J’ai envie de dire vive internet ! Depuis que j’y séjourne, j’y côtoie beaucoup de gens, et Luc.

- Le fameux Luc…

- Et il y a la multitude qui m’étourdit, j’aime cette sensation, si tu savais. Ma vie prend un nouveau virage, je deviens papillon-goûteur ! Je me sens si légère.

- Mouais. Si j’osais, je t’avouerais que ton nouveau monde, je ne le vois que factice et codifié, trop réel en fait.

- Je te signale que tu le fais.

- C’est vrai.

- …

- Mais franchement, je ne comprends pas pourquoi tu y passes autant de temps. Surtout que tu n’y vas pas pour enrichir tes connaissances culturelles ! Comment peux-tu y trouver autant d’attraits ?

- Tu devrais essayer de te dérider et oublier un peu tes préjugés.

- Je ne te dis pas tout, je ne suis pas aussi novice que tu pourrais le croire. Seulement, ton univers me déçoit parce qu’il abrite une multitude de forums et autres blogs sans fantaisie.

- Tu es dure.

- Attends, choisis. Veux-tu parler de ceux qui s’inventent une vie, qu’ils colorent outrageusement ? Ou de ceux qui hibernent de manière constante et calculée pour proposer des come-back retentissants ? Tu sais bien que les tragédies surfaites me fatiguent.  

- Arrête. Tu généralises, là.

- Si peu. Parlons un peu des règles de bonne tenue qui sont de rigueur : ménager ses effets, ne pas heurter la sensibilité des uns par des propos trop virulents, et surtout ne pas conseiller trop hardiment au risque de se retrouver écartelé !

- Regarde, nous sommes dans la vie réelle là et tu ne t’embarrasses pas à me faire des ronds de jambes que je sache. Tu m’assènes tes vérités sans te soucier de ce que je pourrais penser. Je ne vois pas en quoi le net t’empêcherait de t’exprimer. Tu mélanges tout.

- Ce n’est pas pareil, avec toi je ne me gène pas. Tu es mon amie, dit tout bas Marie.

- C’est vrai.

- Internet, c’est le triomphe du trop ! On y peut tout et à une échelle surdimensionnée : on peut aimer…

- Tu vois, même toi tu le dis.

- … Ton histoire avec Luc me fait peur, avoua Marie.

- Ah, nous y voilà… d’où le laïus sur internet.

- Tu ne le connais pas après tout. Et s’il te  mentait ?

- Tu serais là.

- Toujours.

- …

- Et puis, continua Marie refusant de lâcher le morceau, s’il n’y avait pas ce besoin d’épater la galerie, plus de visites, plus de gens à émouvoir, plus d’âmes à sauver. Berk, j’ai toujours l’impression qu’il faut être un maître en matière de couches. En étaler beaucoup, mais pas trop… pour ne pas que ça se remarque.

- Tu es trop pessimiste. Et je crois qu’à force d’y goûter, tu as pris goût à l’âpreté.

- Je n’aime pas le camouflage. Disons que, je préfère un aller simple en direction de mes pensées !  

- Ah tes pensées, parlons-en.

- Oui, figure-toi que mon esprit abrite une contrée reculée, un endroit doux et chaud, vivant et boisé, coloré et reposant…

- Il sent la carte postale ton esprit, pouffa Alice.

- C’est un lieu vierge et luxuriant, qui ne supporte aucune règle et aucune bienséance.

- J’imagine que là-bas, règnent la franchise et la clarté, pas les commodités et la diplomatie, répéta Alice un brin taquine.

- Oui, les gens osent me prendre dans leurs bras sans contrepartie. Mes muscles se décrispent et mes larmes coulent sans retenue. On m’écoute et on me respecte.

- Tu sais quoi, une fois encore je te trouve puérile et utopique ! Et je t’aime pour ça. Dis tu m’invites là-bas ? demande doucement Alice.

 

   Une des jeunes femmes avait quitté sa place pour enlacer l’autre et lui glisser un baiser retentissant sur la joue. Les deux riaient à présent.  

dialogue

le 15/09/2007 à 10h47

- Dites-moi tout.
- Je pourrais vous parler d’elle. Je vous la ferais jauger, apprécier. Vous l’adoreriez, vous la détesteriez si je le voulais. Je pourrais commencer par vous décrire notre quotidien, je ne lésinerais pas sur les détails : d’abord du rose, du joli, du collant, du gentil, du mignon, du léger. J’imagine même que vous me jalouseriez, un peu. Alors, j’oserais le sordide et là, vous auriez peur. Vous déstabiliser me plairait. Sachez que je peux tout.
- Je ne comprends pas. Expliquez-moi.
- Saviez-vous que lorsque je parle ou bien j’écris, je peux endosser n’importe quel manteau ? Tour à tour, je puis être votre confident, votre ami, celui qui partage vos souffrances, celui qui vous comprend. Vous faire rire et vous en donner mal ventre, vous réjouir, vous surprendre, serait aisé. Voyez, je puis tout.
- Vous n’oseriez pas. Vous ne pourriez pas. Pas vous.
- Laissez-moi me justifier. Je n’agis pas seul. Le verbe est à mon service. Je le respecte et il me le rend bien. Il ne me demande aucun compte. J’aime la liberté qu’il m’offre.
- Je ne peux pas m’être laissé duper.
- Et si je vous avouais que j’étais quelqu’un de malsain et de mal attentionné. Y avez-vous ne serait-ce que pensé ? Si je vous confiais que là, à l’instant dans ma propre salle de bain, baigne un corps ensanglanté, me croiriez-vous ?
- Un autre, alors ? Vous me faites peur.
- Je le présageais. Un autre ? Apaisez-vous, je plaisantais. Et dire qu’il y a encore quelques minutes, vous me respectiez encore. J’ai bien entamé votre foi, je le sais, je le sens, je le vois. Vous blêmissez, mon ami. J’admets que vous me décevez un peu, je ne soupçonnais pas avoir cette influence sur vous. Pas si tôt du moins. Nous nous connaissons si peu. Enfin, vous. Ne l’avez-vous point perçu ? Non ? J’en viens donc à conclure que je suis bon.
-…
- Je vous ai fait suffisamment patienter. Et puisque vous insistez, je vais vous parler de cette fameuse photographie. Donnez-là moi. L’angle est décidément parfait et la lumière… Ah la lumière. Mais vous, éclairez-moi ?
- Je… je ne sais. Vous m’étonnez. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait de votre art. Imiter aussi bien la perfection, cela ne m’a même pas étonné.
- Je vous ai travaillé pour cela.
- Si vous aviez été un autre je crois que j’aurais contacté la police. Sans chercher plus loin. Mais vous, maître … pas un seul instant je n’ai douté que ce soit une de vos pièces. Pourtant, votre discours maintenant m’inquiète, je m’interroge. Je doute, j’entrevois la vérité. Elle m’effraie.
- Je le présageais.
- Assurez-moi qu’il s’agit de cire et de bois, non de sang et de chair. Je vous en prie.
- Posez-moi la vraie question, celle qui vous tourmente.
- Vous êtes fort. Et moi j’ai honte.
- Vous être faible, je l’avais décelé.
- Avez-vous œuvré pour que je découvre l’image ? Vouliez-vous me tester ?
- Vous me plaisez. Demandez-moi si je l’aimais, cela vous rassérènerez. Si c’était le cas, je ne vous tuerais pas et vous seriez sauvé.

©2006 - Bloxode.com est un service gratuit de Lexode.com - Prévenir d'un abus - Conditions d'utilisation