Pigments

Nocturne en do dièse mineur

le 29/12/2006 à 10h18

J'avais oublié le pouvoir que Chopin avait sur moi...


Excellente journée mes amis.

une flamme

le 28/12/2006 à 13h37

Voici le défi Tertulia de la semaine dernière: une flamme sur une photo. Je vous propose de l'illustrer de ces quelques lignes.


 


   Le vieil homme ouvrit sa paume et en son creux, elle naquit. Une petite flamme fébrile qui ondulait et qui menaçait de s’éteindre. Elle semblait batailler pour exister et perdurer. Lune, enivrée par le phénomène s’émerveillait. Le sage lui sourit, arborant une rangée de dents impeccablement soignées et lustrées. Il l’observait avec bonté. La jeune fille s’en trouva toute enveloppée. C’était chaud comme le creux à l’intérieur de la main et doux comme une caresse. Il ne dit mot, cependant elle perçut ceci.
Vois au-delà de la flamme, petite lune
Vois ce que tant d’autres ne sauraient voir
Ouvre les yeux
   Alors, Lune obéit. Tel un mirage, la vision s’évanouit, ne laissant que la jeune héroïne interrogative et stupéfaite. Son premier réflexe fut de vouloir recréer l’instant. Elle désirait en savoir plus. Elle referma donc les paupières en guise d’appel. Mais nul ne lui apparut, ni le sage, ni la flamme, ni la sérénité : rien que le vide. De dépit, elle reprit ses esprits et un peu de contenance. Dans l’amphithéâtre, quelques minutes plus tôt, elle avait perdu contact avec le présent. Délaissant Faust et son âme déchue, elle s’était laissée happer par les assauts répétés de la contemplation et de la rêverie. Des idées sans foi ni loi, autant que sans queue ni tête l’avaient alors assaillie. Elles ne dénotaient, à priori rien de bien précis, si ce n’est que parfois des pensées errantes s’échappent. Elles révèlent des sentiments enfouis, refoulés même, des désirs ou du mal-être.
   Plus tard, il y avait eu l’instant où elle s’était sentie bien, puis encore mieux. La situation semblait être propice car du néant avait soudain surgit un vieux sage, vêtu d’une robe de bure grossière et marron. Un vrai cliché, la jeune femme était de celles qui les détestaient. Pourtant, elle n’y prit pas garde car la vision s’était poursuivie. Lune n’avait rompu le charme que lorsqu’elle avait ouvert les yeux. Elle s’en voulait maintenant.
   Notre héroïne impitoyable abandonna sans peine la représentation  qu’elle jugeait soporifique et hors d’à propos. Elle sortit précipitamment, dans le petit bois qui jouxtait la faculté. Là, elle trouva un banc et y prit place. Elle pencha sa tête en arrière, les yeux clos. Elle envisagea immédiatement de se consacrer à un sujet qui la passionnait: sa personne. Alors ? Un sage ? Une flamme ? Bleue ou jaune ? Ses souvenirs s’évaporaient déjà, il fallait se hâter. Y avait-il un truc ? Une allumette ?... Une mèche ? Elle constata amèrement que ses pensées n’en faisaient qu’à leur tête. Ce vieil homme, mais pourquoi diable avait-il les dents si blanches ?! … Si elle voulait en savoir plus, elle devait brider sa fantaisie. Elle fronça les sourcils, elle constata qu’à l’instar des rêves, certains éléments anodins occupaient une place importante : un objet, un geste, une sensation. Elle ne croyait pas aux signes, le rêve n’était par définition qu’insensé. C’était ridicule, elle en avait la conviction. Même si le  ressenti était réel, cela ne prouvait rien. Elle conclut que c’était bel et bien un rêve, parce que tout concordait.
***
   Lune ne voulait pas voir.
   Maël, caché derrière un arbre du bois l’observait avec attention. Il ne sentait rien venir. La voir passer à côté de l’évidence l’exaspérait et le révoltait. Maël était un jeune homme extraordinaire, Lune le connaissait bien, ils étaient même très amis. De lui, elle n’ignorait rien enfin juste une petite chose. Maël avait un don qui dépasse notre entendement. Il pouvait à distance envoyer un message, rien qu’un seul à un ami pour lui permettre de vivre mieux et d’y voir plus clair. Seul ombre au tableau, il ne pouvait pas formuler le message sous peine de perdre le sens des mots. Il proférait alors un galimatias de mots extra-terrestres du style de riplipli, vékélé et brantrangan pendant de longues heures. Il avait essayé, il n’en gardait pas un grand souvenir. Il se contentait donc de provoquer de courtes somnolences et agissait dans l’ombre. Mais la conscience de ses limites le frustrait beaucoup : les hommes étaient peu aguerris en matière de signes, lui l’était peut-être un petit peu trop. Maël ne voulait pas changer le monde, il espérait juste que l’on soit plus en accord avec lui et avec soi. En cet instant, il aurait tout donné pour que Lune cesse de regarder le doigt de la statue. Etait-ce si compliqué de voir ? Ne pouvait-on pas réaliser qu’une flamme est tout simplement symbole de vie. Elle naît du néant et est à l’origine de tout ; elle connaît les prémices et la fin puisqu ‘elle sera la dernière. Elle peut tout : elle sait guider ceux qui s’égarent, réchauffer ceux qui ont froid. Certains l’appellent Espoir ou Idée, d’autres Conscience, parfois Dieu.
   Maël mourrait d’envie de dire à son amie qu’en elle aussi existait une flamme. Elle pouvait devenir brasier et tout dévaster sur son passage mais qu’à trop la négliger elle se consumait.
***
   Le lecteur referma le livre et glissa son marque-page à l’intérieur. Comme Lune, il pencha sa nuque en arrière et ferma les yeux. Il respectait et comprenait la solitude de ces Don Quichotte, de ces Maël ou autres âmes bouillonnantes et exaltées. Ils n’ont parfois pas le loisir de s’exprimer comme ils le voudraient. On les fuit, on les muselle, on les ignore. Quelle est la pire situation ? Le lecteur jugea que c’était sans importance de le savoir, seule la conclusion importait : comme les étoiles, certains brûlent, brûlent et un jour s’éteignent. Ainsi va la vie.
 
maya
 

Voeux

le 21/12/2006 à 19h19


Je vous souhaite à tous et toutes d'excellentes fêtes de fin d'année.


à très bientôt,


pssccchiiiit: Stef merci pour cette vidéo, elle a bien sa place ici.


 


 

A rebours

le 17/12/2006 à 12h37

   Le vieux Robert s’empara du bloc de marbre. Il effleura sa surface du bout des doigts. Il aimait prolonger le premier contact entre la pierre lisse et froide, et sa peau rugueuse. Tel un expert, il jaugea la pièce : elle était plutôt imposante. Il mettrait du vingt. Oui, du vingt, ce serait la bonne taille. Prestement, il rompit le contact pour s’emparer de l’outil à sa gauche. Il l’appliqua d’une main ferme sur la paroi et sa main droite assena le coup. Dans un bruit sec, la pierre rendit une de ses arêtes, puis une autre. Le burin était incliné, le maillet cadençait le travail. L’homme avait du métier.
   Le sculpteur découvrait le message, mot à mot par habitude. Le contenu variait peu. Alors, il avait depuis longtemps conclu que les hommes manquaient cruellement d’imagination lorsqu’il fallait écrire une épitaphe.

***


Ci-gît Jules Vallant
Là, vous ne trouverez point d’ornement
Juste en guise d’adieu funéraire
Une épitaphe gravée dans la pierre

Un départ prématuré plutôt mal orchestré
Victime d’un escalier glissant
C’est sans panache qu’il nous quitta
Nous offrant une option cynique : soulagement ou larmoiement ?

Ne sois pas éploré, toi, l’ami loyal
Oui, Jules était un homme de foi
Mais jamais il ne renia sa morale
Il se flattait parfois que tu ne t’en aperçus pas

Ne souffre pas, toi, l’amante intempérante
Oui, Jules se donnait sans compter
Mais il offrait tout à la première qui se désignait plus ardente
Dès lors il t’oubliait dans ses bras sans regret

Ne sois pas inconsolable, toi, l’âme sœur
Tu fus trompée aussi : j’en ai bien peur
Tu pardonnais toujours
Sentant ton cœur encore plus lourd

Sa mort vous afflige bien moins
Jules Vallant fut un vaurien
Mais consolez-vous : rien n’égalait ses largesses
Enfin… peut-être sa richesse

M. V


***


   Robert coula le liquide doré qui épousa parfaitement les sillons alors le texte apparu ; mais il ne fut pas lu. Il abandonna le marbre puis en pris un vierge, mécaniquement. De nouveau, il appliqua ses doigts sur la surface parce qu’il aimait ça.

***


« Voilà l’oeuvre qu’il nous laisse, oeuvre haute et solide, robuste entassement d’assises de granit, monument ! Oeuvre du haut de laquelle resplendira désormais sa renommée. Les grands hommes font leur propre piédestal ; l’avenir se charge de la statue. »


Epitaphe de Victor Hugo pour Honoré de Balzac


   Voilà ce que j’aimerais que l’on retienne de moi. Que je suis un homme formidable, respecté. Que j’ai œuvré pour les malheureux, guerroyé pour les opprimés et servi les dames. Que je suis quelqu’un de courtois et de vertueux, un adepte de l’amour le plus pur, le plus désintéressé mais aussi le plus fou…. C’est une épître que je désire! Où trouver son auteur? Comment lui en inspirer le contenu ? Ma besogne commence. Elle sera longue et jalonnée d’obstacles mais je réussirai !

***


En Jules naissaient des idées, des envies, ainsi se matérialisait son intelligence. Il savait vaguement ce qu’il convoitait mais pouvait sans hésitation dire ce qu’il ne voulait pas. Il ne souhaitait pas ressembler à toutes ses grises mines ravinées, celles qu’il croisait tous les matins, quand il traversait les rues du centre-ville. Il estimait que ces fantômes au teint blafard et aux cernes profonds étaient la résultante d’un ennui abyssal qui se réalisait ainsi. L’ennui a ce dangereux aspect. Un ténia qui ondule, puis se niche pour vous digérer de l’intérieur. L’image était plutôt cocasse. Jules n’était pas un homme fin. Mais il avait trouvé un moteur. Il voulait exister, être estimé et laisser sa trace. Et cela coûte que coûte.

maya

brouillard

le 09/12/2006 à 18h07

Pas de défi Tertulia cette semaine. Est-il temps que je prenne enfin mon envol? Voici un texte, écrit aujourd'hui, sans support, sans rien, dans la catégorie bribes.


***


   Smog - Peter Sharpe

 
   La vie finalement, à quoi ça tient ?
   Sept heures, le réveil sonne. A cet instant précis, je sais déjà que vendredi va être un jour brumeux. Commence alors l’extraction périlleuse de mon enveloppe corporelle ankylosée. L’esprit obscurci perçoit quelques notes : la pluie crépite et martèle le panneau métallique. Puis, mes jambes me portent jusqu’à la salle de bain. Plus tard, ma main droite saisira trois princes tandis que la gauche attrapera mon long manteau et m’en vêtira. Il sera alors sept heures trente et je m’enfuirai clopinant, affronter les éléments.
   Dehors, se conjuguent une pluie imperceptible qui embuent mes lunettes, des lumières aveuglantes qui se réfléchissent sur mes pauvres carreaux maintenant détrempés et le bruit des pots d’échappement qui part à l’assaut de mon conduit auditif. Me voilà en pâture, assaillie et sans parapluie. Telle un zombie de seconde zone, je traverse les ruelles ensommeillées pour déboucher sur le parking. Là, j’erre d’interminables minutes à la recherche de ma précieuse voiture. La pluie redouble alors et je prends racine. Rien à espérer. Mon visage ruisselant s’oriente vers mes bottes : je constate sans réaction que ce maudit asphalte transpire à outrance. Voilà un état de fait récurrent : ce n’est pas encore aujourd’hui que je communierai avec Dame nature. Je trouve enfin ma petite fusée bleue encaissée entre deux gros engins. Le Mp3 vissé sur une oreille pour coller un tant soit peu à la réalité, je me branche sur pilote automatique puis traverse la brume.
***
   Là-bas aussi, c’est le brouillard. La journée est alors plus que longue. Infinie. Indéfinie. Indéfinissable. Les collègues plaisantent, s’étonnent, décompressent. Pas moi. En fait, là, il y a mes pompes et moi, je trône plus loin, dans le smog : l’opaque, l’oppressant, le vrai, le britannique. On s’adresse à moi, je souris, j’acquiesce, les yeux dans le vague. Je ne saisis pas tout, quelques bribes, juste assez pour faire illusion.
   Inextricable situation que vivre le décalage. Je désirais tant être à contretemps. M’y voici, je suis même au-dessus de moi. Je me vois vivre avec les autres. Pourrais-je interagir ? Peut-être. L’idée en est déroutante. Flippante. Angoissante. Pourtant c’est un leurre. Dans mon for intérieur, je soupçonne que mes sensations, mes sueurs sont à contre-courant. Elles n’ont plus de sens, je réagis après coup en vitesse un. Ma réalité devient un mauvais film, un série B au ralenti. Je suffoque juste un peu.     
***
   L’heure de la délivrance sonne. Une journée de plus qui s’achève, un moment dénué de sensation réelle et de passion. Mes pas sont lourds et je m’enlise. Aurais-je recouvré un instant la chape de plomb qui me sert d’emballage? Indéniablement, parce que je reconnais la pluie qui m’est désormais familière. Elle est sagace et moi plutôt naïve. Je la laisse m’envelopper, s’infiltrer et me posséder goulûment. A quelques pas, mon bolide semble m’observer. Je n’aime pas ça. Devant lui, à la recherche du trousseau de clés pervers, ma chemise cartonnée glisse et tombe à terre.  Je produis deux efforts qui ont raison de mes derniers sursauts d’énergie. Maintenant, je n’intellectualise plus et pourtant c’est méthodiquement que je m’installe sur le siège avant. Il y a d’abord le bras qui fait levier, puis le dossier qui m’épouse, enfin la nuque qui bascule. Ensuite survient l’inspiration faible mais significative de la survivance, le Mp3 dans l’oreille, les mains au 2/3, le pied gauche en bascule et le droit planté. Le pilote automatique reprend ses droits.  
***
La route est sinueuse, l’atmosphère toujours cotonneuse et le bitume glissant. Dans de nombreux interstices, l’eau a élu domicile. Que manque-t-il pour que je vienne m’encastrer dans un platane, ou rejoindre la couronne de fleurs en plastique du troisième virage ? Chance ou hasard, l’itinéraire est synthétisé et mon inconscient donne les informations nécessaires. Toutefois, je distingue mal les lignes blanches dans cette forêt peuplée de soldats statiques. J’ai encore dû perdre deux dixièmes d’acuité visuelle. Je ne reconnais pas les lieux. Je sais que je ne suis plus très loin, mais me concentrer devient périlleux. Le combat est inégal et me ponctionne encore un litre de suc. Mon esprit me taraude, il veut s’égarer et voguer à sa guise. Il insiste avec ténacité. Puissé-je encore avoir l’énergie de lui résister. « Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville » C’est incongru, vraiment hors d’à propos, je suis en basse campagne dans mon univers ouaté, alors pourquoi ? Il n’y a pas de raison que ceci vienne sur le tapis. Mais c’est là et ça s’insinue.
   En face, des phares…
***
   La vie finalement, à quoi ça tient ? À un fil ? À une décision ? À un coup de volant ? À moi ? Décide-t-on ? A-t-on le choix ? Et si dans un élan de survie, je permettais au vent de me fouetter le visage. Si je moulinais pour ouvrir la fenêtre, remercierais-je le ciel de m’avoir inspirée en cet instant ?
Maya
  

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